Le mercredi 19 octobre au soir, le Préfet de l’Yonne, Jean-Christophe Moraud, s’est rendu à Villeblevin pour une réunion publique. Une rencontre sous tension avec les Villeblevinois sur l’arrivée éminente d’une cinquante d’immigrants dans les locaux de la colonie « les tilleuls », appartenant à la mairie du XIIème de Paris.

Il parait qu’il n’est jamais bon de réagir à chaud. Et effectivement, l’assistance présente à cette réunion publique a confirmé cette expression. Et puis, que dire de ce rendez-vous avec les Villeblevinois. D’un œil journalistique, qu’est-ce qui en ressortira ? Qu’elle sera l’information principale transmise par le haut fonctionnaire ?

Ce soir-là, après avoir patientée plusieurs minutes à l’extérieur du bâtiment – Le meilleur moyen pour prendre la température me direz-vous – La réunion débute à 20h, et après seulement 15 minutes à attendre dehors que déjà les esprits s’échauffent. 20h30, une poignée d’entre nous a enfin la chance de pénétrer dans la salle communale. Il faut montrer patte blanche aux gendarmes. Jamais, ce village du nord de l’Yonne n’avait connu autant de concentration des forces de l’ordre pour une réunion publique. Bien la première fois aussi, que la population se déplace aussi nombreuse. Un intérêt soudain pour l’avenir de leur commune, qui ne se reflète pourtant pas dans les urnes lors des élections. C’est vrai que le sujet de cette rencontre est sensible : « l’immigration et ses fantasmes ». Pardon ! « L’immigration et la structure d’accueil à Villeblevin ».

Que pourrait bien raconter les médias ?

« What did you expect ?» dixit une fameuse publicité « vous vous attendiez à quoi ? » Pas grand-chose !
Vous dire que le haut fonctionnaire n’a visiblement pas rassuré le public présent ce soir là ? Vous le savez déjà !
Vous dire, que le parti du Front National avait honoré de sa présence cette honorable assemblée ? Vous vous en doutiez !
Alors ? Pourquoi un article pour ne rien dire ? Et bien parce que ce n’est pas un article mais un simple billet d’humeur pour sourire de la situation. Sourire à la vie, et vous dire que nous avons une chance incroyable que de vivre dans un pays en paix.

Plus qu’une volonté, l’engagement d’un pays

Jean-Christophe Moraud a des convictions personnelles. « Notre pays ne rejette pas les gens à la mer », annonce-t-il. Bien honorable. Mais il faut que les convictions ne se substituent pas à l’échange et à l’information. Le Préfet est resté dans une position de représentant de l’Etat. Il n’en reste pas moins un homme, soyons honnête, il faut lui reconnaître la tâche et l’exercice difficiles. Comment vaincre la peur quand elle est ancrée en nous. Qui souhaiterait prendre sa place dans une telle situation ?

Alors, il a tenté le tout pour le tout. Il a joué le professeur d’histoire et de géopolitique devant des élèves indisciplinés. Le programme sur les flux migratoires et les différents traités signés par la France avec les autres Etats dans le cadre d’accueil de réfugiés durant des périodes de conflits, a très vite « largué » même les élèves les plus assidus.

Il a bien essayé de donner quelques chiffres importants pour marquer les consciences – Sur le territoire, 54 000 individus sont répertoriés comme suspect, soit 4 fois plus que le 1er semestre 2015. L’Union Européenne a dégagé 1 milliards 8 d’euros pour les réfugiés. Dans l’Yonne l’enveloppe pour les moyens d’urgence d’hébergement pour les femmes et des enfants s’élève à 705.700 euros – Comme il se rendait compte que les aspects historiques ne donnaient aucun résultat, il s’est promu professeur de Droit. Il a rappelé que l’accueil des migrants rentre dans le cadre juridique de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés que la France a ratifié le 28 juillet 1951. La ratification de la Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant le 7 août 1990. Puis en 2005, signature de la Directive Européenne pour les personnes persécutées.

« Nous sommes dans le cadre d’un Etat de droit », ce qui signifie que nous ne sommes pas libres de nos choix : lorsque l’Etat décide, il applique.

Une cinquantaine d’immigrants

Des jeunes hommes en transit en attendant de savoir à quelle sauce ils seront mangés. Si le statut de réfugié est accordé, une carte de résident lui sera accordé pendant 10 ans, renouvelable par la Préfecture en fonction de la situation de leur pays d’origine. Qui n’a pas dans son proche entourage une personne étrangère ou d’origine étrangère arrivée en tant que « clandestin » avant d’obtenir ses papiers pour travailler en France. Ce que n’a pas manqué de rappeler le Préfet – La France après avoir connu des heures sombres, s’est reconstruite grâce à des populations étrangères. Comme l’a précisé le haut fonctionnaire « la France s’était reconstruite grâce à la présence de réfugiés sur le sol Français. Les Italiens à Paris. Les immigrés qui viennent en France sont des artisans, commerçants et se sont des urbains ». Ah ! La bonne affaire ! « Des urbains » – Les ruraux, que nous sommes, apprécieront.

Offrir un accueil digne

« Ces gens sont des victimes de la barbarie. Ils ne sont pas des barbares» a lancé le Préfet. « On va leur souhaiter la bienvenue en leur présentant un cadre d’accueil ». Un travail social et juridique les accompagneront pendant les quelques mois d’étude de leur dossier. Pas de couverture sociale a annoncé le Préfet tant qu’ils n’ont pas de statut de réfugié mais une prise en charge médicale (check-up et suivant les pathologies). Chacun bénéficiera de 25 euros par jour. La France dénombre 164 Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO), répartis dans 80 départements. (Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur lors de son intervention à l’Hôtel de Beauvau, ce 24 octobre 2016 annonce 450 CAO répartis sur l’ensemble du territoire.)

Les enfants du centre d’accueil font place nette

Une partie de l’établissement accueillait jusqu’à peu les enfants du village et des communes voisines pour les vacances scolaires. L’élite a affirmé n’être en rien dans ce déménagement. Il a confirmé « n’avoir jamais demandé à la Communauté de Communes Yonne Nord de délocaliser le centre aéré » – Ce à quoi les élus répondent qu’en toute logique ils leur semblaient inconcevable de « laisser les enfants parmi des individus étrangers ».

La sécurité dans tout ça ?

« Est-ce que vous nous assurez que les migrants ne causeront pas de problème ?  » Quelle question ! « Comment allez-vous nous protéger? ». Le préfet reconnaît les inquiétudes mais il indique qu’à Saint-Bris-les-Vineux, il a entendu les mêmes inquiétudes « mais rien à signalé ».  Jean-Christophe Moraud a ajouté : « Qu’est-ce qui vous garantit que dans l’assemblée il n’y a pas des personnes susceptibles d’être un tueur, un violeur, …

Un manque flagrant de pédagogie devant un défi mondial

Une demande pour que les élus soient informés au préalable pour une meilleure pédagogie. « Il faut répondre aux habitants de Villeblevin » lance une personne dans la salle. Un manque visible de transparence vis-à-vis de la population. Une véritable inquiétude des parents pour les enfants. « Vous prenez vos décisions et après vous convoquez la population ».

prefetQuel cachottier ce monsieur Le Préfet !

Lors de cette rencontre, il affirmait ne pas connaître la date d’arrivée de ces pauvres bougres. Pourtant le démantèlement de la « jungle » de Calais avait été autorisé par décision de justice du tribunal administratif de Lille. La date du lundi 24 octobre était sur toutes les lèvres. Et sans grande surprise, les nombreux bus affrétés ont transporté les migrants sur leur nouveau lieu d’accueil. 

Alors, si nous laissions un peu de temps au temps ?